Français? ¿Español?

Que el idioma desconocido no te amedrente. Bajando por la columna de la izquierda, después de mis libros y antes de otras rúbricas, se pueden leer textos míos. Algunos están en castellano, otros en francés, otros en ambos idiomas.

N’ayez pas peur de la langue inconnue. En descendant par la colonne de gauche, après mes livres, après les critiques, et avant d'autres rubriques, il y a des textes que j'aime partager. Ils sont tantôt en français, tantôt en espagnol, tantôt dans les deux langues. Je ne sais pas faire autrement.

lundi 13 août 2007

Dédicaces, rencontres, Juin, Juillet, Août 2007

Le 11 août un accueillant café-lecture(voir ici) à Corrençon-en Vercors.



Toujours à Corrençon-en-Vercors, dédicaces et signatures, le 9 juillet, au Festival Plumes de Nature, et le 29 juillet, lors de La Fête des Arts. Entre les deux, une semaine de vacances en Croatie, et du travail; il le faut bien!

Le 30 juin, une rencontre-dédicace dans les locaux de DECITRE(voir ici), à Grenoble, où Le livre de Carmen est disponible en magasin depuis début juin, et très bien exposé. (DECITRE l'expédie rapidement si on le commande chez eux par Internet(cliquer ici).)


Le 29 juin, invitée par Michèle Caron, à l'émission " à vous de lire" de France Bleu Isère

samedi 23 juin 2007

Claude Fell commente "Le livre de Carmen"

"Chère Madame,
Je vous envoie comme convenu une brève notice (cliquer ici) sur votre livre que j'ai aimé, comme voulait l'indiquer mon intervention à la dernière Tribune des Livres de la Maison de l'Amérique latine. "

Je commençais à douter de mon roman, à me poser des questions, à me demander si j'avais bien fait de l'écrire, puis de chercher un éditeur. Mon inquiétude grandit de jour en jour, maintenant que je sais que les premiers lecteurs sont en train de le découvrir. Est-ce vraiment un roman? Il est si court! La notice reçue ce jour de la part de Claude Fell me fait le plus grand bien car elle répond à une partie de mes angoisses. C'est aux lecteurs maintenant de me donner les autres réponses dont j'ai besoin.

mardi 29 mai 2007

Invitée à l'emission « Un dromadaire sur l’épaule» de la Radio Suisse Romande, La Première, 28 mai 2007.

Tais-toi et écris.
J’aurais dû me souvenir de l’injonction que ma soeur m’a adressée, le jour où elle a lu les premiers chapitres de mon récit El Hilo del Medio (ou Philo-mèle; ce n’est pas un hasard que l’original de mon livre porte ce nom). Ma sœur me connaissait handicapée de la parole et devait croire que je l’étais aussi de la pensée. Ce fut la première fois de ma vie que j’ai eu droit à son admiration après un quasi demi siècle de «sororité » ; c’était plus qu’inattendu. Tais-toi et écris. Je suis tombée en écriture, comme sur une planche de salut après une vie de bruits gutturaux. J’aurais dû me souvenir du sage conseil de ma soeur et ne jamais accepter l’irrésistible et aimable invitation de Cyril Dépraz pour parler, oui parler, qui plus était en direct et sur les fréquences de la prestigieuse Radio Suisse Romande, de mon livre, devenu entre temps Tisseuse de mémoires de la Patagonie aux Balkans. Mais j’ai mauvaise mémoire, surtout quand il s’agit de sages conseils. Et comment refuser un tel honneur, un tel cadeau, si c’est pour parler de ma ville natale, l’australe, la lointaine, la plus belle, la plus désirée, Punta Arenas, celle que j’ai quittée le jour de mes sept ans ? Le Dromadaire sur l’épaule était accueillant et bienveillant. Le cœur y était, mon désir et la musique venue de ma terre aussi, mais la langue, celle que j’aurais voulu mienne à cet instant, comme à Philomèle, m’a encore manqué.

Par bonheur, après lecture de mon message ci-dessus, Cyril Dépraz en personne, m’a adressé une nouvelle injonction :

"Je trouve que vous êtes vraiment dure avec vous-même. Cette émission était très belle (Carmen, me l'a redit hier) parce que pleine d'authenticité, de fragilité mais aussi de passion et de force. Surtout ne vous taisez pas!"


mardi 22 mai 2007

2001: Amo las piedrecillas del Estrecho. J’aime les cailloux du Détroit.

Je suis arrivée à Punta Arenas, ville des amours de mes arrière-grands-parents, de mes grands-parents, de mes parents, de ma sœur aînée et d’un doux souvenir de mes vingt ans ! J’aime respirer ton air, sentir ta force et ton énergie, ville du bout du monde, dont on dit qu’il est encore plus difficile de la quitter que d’y arriver. Quelles difficultés énormes j’ai dû surmonter pour parvenir cette fois-ci jusqu’à toi, ma belle ville natale! Le premier jour j’embrasse le pied de l’Indien de la place Muñoz Gamero. Je marche par l’avenue Colon et contemple, émue, la nuit éclairée par la lumière de décembre. Lumière qui se reflète sur la peau des eaux froides du Détroit à travers d’épais nuages. Des nuages sombres qui filent à toute allure par-dessus la terre australe laissant entrevoir un ciel bleu noir. La terre est encore éclairée, on distingue nettement le rouge des toits ainsi que le blanc et le bleu des murs des maisons qu’ils abritent. Les rayons du soleil, peu avant minuit — d’où vient-il le soleil sur ces terres ? — peignent d’or les minuscules cailloux de la plage et font briller l’écume des vaguelettes qui viennent les caresser. J’aime les cailloux du Détroit du même amour que celui qu’éprouvait la fillette de cinq ans qui jouait à cet endroit.

samedi 12 mai 2007

ENTERREMOS LA POESÍA

La poesía se murió. El Papa ya se está pudriendo en su tumba. El amor es más fuerte dijo, y la Camila se terminó casando con el príncipe Charles. Hubo que pagar millones de millones por el retraso de un día causado por los funerales vaticanales. La poesía se murió. Llegué de viaje a Chile y no se me remeció el alma como me sucedía antes. Antes, mucho antes, se podía soñar y creer, ahora sólo se cuenta y se descuenta, que mientras comía en el Giratorio del Panorámico, contemplando de una mirada plácida Santiago de arriba a abajo y de ancho a largo, con el vientre repleto de machas a la parmesana, congrio ensalsado y postres de castaña, mi amiga Luisa, que anduvo cesante, y más triste que nunca, con esto que se le murió la madre vieja y enferma, ­pero querida como una santa, estaba feliz de haber encontrado por fin trabajo, ya que el trabajo dignifica. Dignifica no sé a quién, que la Luisa, desde el paradero no sé cuánto de la Gran Avenida, necesita dos horas y media para llegar a su trabajo, Colón arriba; dos horas y media por la mañana -entra a trabajar a las doce - para hacer aseo, y dos horas y media de vuelta, para regresar a pasadas la medianoche - con el vientre casi vacío- a dormir dignamente gracias a los ciento veinte mil pesos que gana al mes, porque es chilena, que a las Peruanas les pagan sólo ochenta y que por eso de la mundialización, y de la libertad de circulación de los nuevos esclavos, quizás la Luisa pierda su trabajo. Tiene cincuenta y ocho años y va a ser bisabuela. Qué hermosura como ama a sus hijas y nietos, qué regalo de la vida tanto cariño, nunca he visto algo igual. La hija le guarda media zanahoria o una papa, para que algo coma. Con el sueldo de un mes, de su digno trabajo, quizás le alcance a Luisa para pagarnos un almuercito de domingo a nosotros cinco, para festejar con mi familia nuestro reencuentro. Lo digo por comparar, que la comida se me atraganta y me indigesta, pero no puedo ofender a mis padres, que son gente buena y honrada; no es pecado haber trabajado seriamente y tener jubilación correcta, la culpa no es de ellos, y quizás tampoco la mía, aunque tan segura no estoy de nada. Tranquilita vivo en mis europas y, aunque quiera, no sé cómo cambiar el mundo y entonces más fácil es no hacer nada, no es dando una limosnita que arreglaré algo, lo sé, ganaré una sonrisa de agradecimiento y qué hipócrita me siento.

Que ya no se puede soñar, porque los sueños de los pobres terminan siempre en pesadillas, con fusiles de generales que se llenan los bolsillos, y como ya no les cabe más, reparten los dineros en cuentas ocultas en bancos de los gringos que los apoyaron en su sucio trabajo. Que ya no se necesita generales, les salen muy caros a las multi(nacionales), y ahora ya no vale la pena, porque igual hacen lo que quieren, el mundo entero les pertenece, amén. Que el Papa quizás era bueno, pero conocí a muchos que amaban al Papa y al General y que tenían, o tienen aún, ambas fotos colgadas en los muros, de uno y otro, los dos santos chilenos de fines del XX y de principios del XXI.

Criminal resulta despertar sueños, pensar en la justicia resulta peor: los que pagan siempre son los mismos, viviendo más y más abajo, mientras los otros comen más y más arriba. Y todo tan natural! Esto no tiene nada que ver con la poesía, pero es que no sé de dónde inventarla, y no sé si la poesía es cosa buena o peligrosa, que quizás sea subversiva, que mejor se quede allí donde está, muerta para siempre.

Santiago, 15 de abril 2005

lundi 23 avril 2007

Le Livre de Carmen, disponible chez Decitre, ou à commander en librairie ou par Internet

PARUTION

Imaginer, oser, s’aventurer, écrire un mot, puis un autre

s’exposer, se livrer, inventer, jouer, se cacher, se dire.


Dire les autres, dire la vie, dire le monde, dire la femme

confondre réalité et désirs, dire le pays, dénoncer, crier,

rire aussi, ne pas s’en priver, ridicule parfois, et alors ?


Naissance d’un livre, fragilité, peur, joie, attente,

parution, s’en séparer.


dimanche 1 avril 2007

"La Tisseuse ..." Critique D' Alfonso Calderón (prix national chilien de littérature en 1998.)

La pelote de fil de l’enfance est, comme les quipos des Incas, un morceau de tissu de la mémoire. Maria London, avec une voix très pure, compose un exercice choral dans lequel entrent tons et demi-tons. Elle veut récupérer l’histoire de sa famille que, sans tarder, elle rapporte au pays d’origine de ses aïeux – croates et russes – qui arrivent à la nouvelle terre, à Punta Arenas, à exalter la rencontre de deux mondes, affinant de main de maître le défi de l’intégration, et néanmoins, sans oublier la patrie absente que la langue implore, sans esquiver les évènements, la démarcation, la réalité d’un lendemain qui était promesse de vie.

L’histoire de cette famille qui ouvre la voie de la relève, de la descendance, attentive au regard des arrière-grands-parents, va permettre à Maria London le retour à une autre recherche viscérale, route d’espoir, pour refonder une liberté perdue. Chaque pas dans le présent est, à sa manière, un brin de ce fil premier, dont le passage d’une main à l’autre, est action parallèle à celle d’Ulysse, qui aspire à récupérer son Ithaque tandis que Pénélope tisse et défait quelque chose qui est aussi lange et linceul. Et un espace où se rejoignent les lignes des descendances. Le fils est toujours, et dans ce cas encore, le père qui revient.

D’allées et venues sont faites toutes les vies. Le regard des autres opère en même temps avec ceux de la dernière génération. Il n’y a pas de bout de fil en l’air. Tout acte est, dans les familles, un processus de fondation constant et rénové. Et au cours du texte, de façon directe, nous pouvons passer de la famille au pays physique et métaphysique. Les vents, les navigations – qui sont des formes de retour – nous obligent à ne pas négliger nos souvenirs. Pour cette raison, remercions la merveille de ce monde du premier jour de la Création. La famille continuera à grandir. La semence surgit à un instant, fixé entre 1885 et 1910, où quelqu’un regarda pour la première fois le Detroit. Le vent mit l’histoire et la poésie, et elle, Maria London, retrace une voie lactée, une branche fleurie, métaphore de ce qui est sien et des siens.

Alfonso Calderón, 25-11-2003.

samedi 31 mars 2007

Frère de vent

Sens-tu cette brise qui nous caresse?

C’est le vent austral qui vient nous consoler.

Sa brise est douce car elle vient de très loin,

elle est épuisée de tant voyager.

Frère de vent ne pleure pas,

il est toujours temps d’espérer.


Perçois-tu cette lumière qui nous réchauffe?

C’est le soleil austral qui vient nous consoler.

Sa lumière est pâle car elle vient de très loin

elle est épuisée de tant éclairer.

Frère de terres lointaines ne pleure pas,

il est toujours temps d’aimer.


Entends-tu cet air qui nous berce?

C’est le chant de notre terre qui vient nous chercher.

Sa voix est légère car elle vient de très loin

et nos frères sont épuisés de tant nous appeler.

Frère d’exil ne pleure pas,

il est toujours temps de rentrer.



Hermano de viento

¿Sientes esta brisa que nos acaricia?

Es el viento austral que nos viene a consolar.

Su brisa es tenue porque viene de muy lejos,

y está cansada de tanto viajar.

Hermano de viento no llores,

aún es tiempo de esperar.




¿Ves la suave luz de este día?

Es el cielo austral que nos viene a consolar.

Su luz es tenue porque viene de muy lejos,

y está cansada de tanto alumbrar.

Hermano de tierras lejanas no llores,

aún es tiempo de amar.


¿Oyes esta música que nos arrulla?

Es la voz de nuestra tierra que nos viene a buscar.

Su canto es tenue porque viene de muy lejos

y nuestros hermanos están cansados de tanto llamar.

Hermano de exilio no llores,

aún es tiempo de regresar.

vendredi 30 mars 2007

Poeta de la utopía

El día en que el hombre deje de explotar al hombre

el día en que el hombre deje de mentir al hombre

el día en que el dolor de uno sea el dolor de todos

el día aquel está lejos de llegar

pero tú, poeta de la bondad

te empecinas en ignorarlo.


El día en que el festín sea para todos

el día en que el baile sea entre todos

el día en que el calor sea igual bajo todos los techos

el día aquel aún no ha llegado

pero tú, poeta de la hermandad

te regocijas de celebrarlo.


El día en que la paz sea por doquier

el día en que todos los niños canten rondas

el día en que el amor sea verdad

el día aquel no sé si llegará

pero tú, poeta de la utopía

te embriagas con soñarlo.

jeudi 29 mars 2007

Poète de l'utopie

Le jour où l'homme aura cessé d'exploiter l'homme

le jour où l'homme aura cessé de mentir à l'homme

le jour où la douleur de l'un sera la douleur de tous

ce jour-là est loin d'arriver

mais toi, poète de la bonté

tu t'obstines à l'ignorer.


Le jour où le festin sera pour tous

le jour où le bal sera entre tous

le jour où la chaleur sera la même dans tous les foyers

ce jour-là n'est pas encore venu

mais toi, poète de la fraternité

tu te réjouis de le fêter.


Le jour où la paix régnera sur la terre entière

le jour où tous les enfants feront des rondes

le jour où l'amour sera vrai

ce jour-là, je ne sais pas s'il arrivera

mais toi, poète de l'utopie,

tu t'enivres à le rêver

vendredi 23 mars 2007

El cuento "El último sueño" y su pintura

Esta pintura de mi querida amiga, recien fallecida, Maritza Godoy, ilustra el cuento que sigue. Conocía el cuadro sólo por fotos recibidas por Internet. En este viaje a Chile pude ver por fin el original.



El último sueño

La mujer de pelo corto y gris se detuvo un largo instante. Algo extraño sucedía dentro de ella desde el día en que había descubierto la pequeña puerta en el desván del tiempo. Era presa de un gran cansancio y adivinó que si no lograba hacer lo que debía, su mal no tendría remedio, su vida sería vana y moriría dentro de poco tiempo.

Fue a visitar a su amiga la curandera, quien le dijo que debía pedir consejo a los cuatro sabios. Pero su amiga la curandera no supo decirle quiénes eran los cuatro sabios. Fue a visitar a su amiga la maga, quien le dijo que debía descubrir los cuatro reinos, pero su amiga la maga no quiso decirle dónde quedaban los cuatros reinos. Fue a visitar a su amigo el bueno, quien le dijo que debía consultar no a cuatro sino a catorce sabios, descubrir cuatro reinos y narrar un cuento eterno. Pero ni una palabra más afloró de sus labios resecos.

No sabiendo qué hacer para dar con los cuatro o catorce sabios, ni para encontrar los cuatro reinos y sabiendo que pronto iba a morir, decidió ir a despedirse de su lejana tierra natal y de todos los suyos. Recorrió con tristeza su amada tierra observándola como nunca antes la había observado y rindiendo visita, que quiso ritual, a cada uno de sus antepasados. Escuchó la historia del bisabuelo que se fugó de las Bocas del Cátaro a los catorce años embarcando en el primer barco que pasó, recorriendo el mundo hasta salvarse milagrosamente de un naufragio y adoptando como nuevo hogar el puerto donde su balsa acostó. Escuchó la historia de la bisabuela emigrante dálmata que debía desposar un desconocido pero que impulsada por un inesperado amor se fugó como una pasionaria montando en el caballo de su flamante amado. Escuchó la historia del confín del mundo que era su tierra y de los seres míticos que la poblaron cuando el universo conocido aún no existía. Escuchó la música del viento austral y los gemidos de los aborígenes sin voz. Escuchó la historia de los antepasados que huyeron de Rusia y pudo entender sus tristezas. Escuchó cómo los descendientes de unos y otros se unieron en nuevos amores y en nuevos dolores. Anotó cuidadosamente en el pequeño cuaderno que llevaba siempre consigo lo que cada cual le narró así como todo lo que ella misma observó y entendió. De regreso de su viaje se recostó pues el cansancio era aún más pesado de llevar y sentía que la muerte estaba harta de esperar.

Al quedarse dormida, la sensación extraña que había tenido ya en otras oportunidades se hizo más intensa que nunca, sentía que su cabeza iba a estallar. No es que le doliera, era otra sensación para la cuál carecía incluso de un nombre. Era como si una gorra de goma, de esas que usan las nadadoras de competición, le apretara la cabeza de manera insoportable, pero no tenía puesta ninguna gorra, era su propio cuero cabelludo y su pelo blanco que le oprimían hasta el alma de una manera imposible de describir, la oprimían desde adentro. Era como si la cabeza fuese un vientre que iba a dar una miríada de seres a luz, seres que pujaban por nacer sin hallar la forma de hacerlo. Llegó el momento en que sucedió lo que tanto temía pero que no había ni de lejos imaginado cómo ocurriría : su cuero cabelludo con su pelo blanco se despegaron de golpe de su cabeza tal un gorro de piel expulsado a lo lejos con fuerza. Estaba de pie. Sintió en ese instante una gran liviandad. Una sensación de placer desconocido la envolvió, su sorpresa y alegría fueron inmensas. Entonces se produjo el inesperado milagro: una cabellera nueva, negra y frondosa, nació de su cabeza y se puso a crecer a una velocidad asombrosa. Los cabellos brillantes y hermosos empezaron a derramarse por sus hombros, a cubrir las ondulaciones de su espalda, de su vientre, de sus nalgas, de su sexo. Siguieron creciendo cubriéndole voluptuosamente todo el cuerpo, rodeando amorosamente sus pies y cubriendo el pasto del jardín donde se encontraba. Sintió de pronto que ella era una fuente de vida, que la fuerza vital simbolizada por sus cabellos emanaba de ella irrigando la tierra entera de flores, de cuentos y de memorias perdidas. Supo entonces que la curandera tenía razón y que los catorce sabios eran los catorce antepasados que había ido a visitar. Supo entonces que la maga tenía razón y que las tierras lejanas de los ancestros y su añorada Patagonia eran los cuatro reinos que conducían a los cuatro puntos cardinales. A medida que las historias se entremezclaban su pelo seguía creciendo e iba cubriendo la tierra toda y el tiempo todo. Y entonces supo que su amigo el bueno también tenía razón, había narrado un cuento eterno. Un sentimiento de gratitud la invadió, había logrado transcribir en su cuaderno el canto de vida que vibraba en ella desde tiempos inmemoriales, su historia no era sólo la suya, ni la de su familia, sino la de todos los seres, de todas las razas, de todos los tiempos y de todos los reinos.

Al día siguiente su familia encontró el cuaderno abierto al lado de su cuerpo inerte. Una sonrisa le iluminaba el rostro y una larga cabellera negra cubría el lecho.

Grenoble, octubre 2002


Le conte "Le dernier rêve" et sa peinture

Le tableau ci-joint, illustrant le conte qui suit, a été peint par mon amie Maritza Godoy, qui vient de nous quitter. Je suis de voyage au Chili et j'ai pu enfin voir l'original.

Le dernier rêve


La femme, aux cheveux blancs et courts, s’arrêta un instant. Tout était étrange pour elle depuis le jour où elle avait découvert la petite porte du grenier du temps. Elle était en proie à une grande fatigue et pressentit que si elle ne réussissait pas à réaliser ce qu’il fallait, son mal ne guérirait jamais, sa vie serait vaine et elle mourrait bientôt.

Elle alla rendre visite à son amie la guérisseuse qui lui dit qu’elle devait demander conseil auprès de quatre sages. Mais son amie la guérisseuse ne sut pas lui dire qui étaient les quatre sages. Elle alla rendre visite à son amie la magicienne, qui lui dit qu’elle devait découvrir les quatre royaumes, mais son amie la magicienne ne voulut pas lui dire où se trouvaient les quatre royaumes. Elle alla rendre visite à son ami le bienveillant, qui lui dit qu’elle devait demander conseil auprès non pas de quatre mais de quatorze sages, découvrir les quatre royaumes et raconter un conte éternel. Mais pas un mot de plus ne jaillit de ses lèvres desséchées.

Ne sachant comment se rendre auprès de quatre ou quatorze sages, ni comment découvrir les quatre royaumes mais consciente de sa mort imminente, elle décida de partir dire adieu à sa lointaine terre natale et à tous les siens. Elle parcourut avec tristesse sa terre bien-aimée, la regardant comme jamais elle ne l’avait regardée ; puis elle alla rendre une visite, qu’elle voulut rituelle, à chacun de ses ancêtres. Elle entendit l’histoire de l’arrière-grand-père qui s’était enfui à l’âge de quatorze ans des Bouches du Kotor en embarquant dans le premier bateau qui passait pour parcourir le monde et qui, échappant miraculeusement à un naufrage, adopta comme nouvelle terre celle où son radeau échoua. Elle entendit l’histoire de l’arrière-grand-mère, émigrante dalmate, qui devait épouser un inconnu mais qui, écoutant l’appel de l’amour, s’était enfuie en croupe sur le cheval de son bien-aimé. Elle entendit l’histoire du bout du monde, qui était sa terre, et des êtres mythiques qui la peuplèrent avant-même que l’univers connu ne soit créé. Elle entendit dans la musique du vent austral les gémissements des aborigènes sans voix. Elle entendit l’histoire de ses ancêtres qui s’enfuirent de la Russie et connut leur tristesse. Elle apprit comment les descendants des uns et des autres s’étaient unis, donnant lieu à de nouveaux amours et à de nouveaux chagrins. Elle prit soin d’écrire dans le petit cahier, qu’elle portait toujours sur elle, ce que chacun lui avait raconté ainsi que ce qu’elle avait elle-même observé et compris. De retour à la maison, elle se coucha car la fatigue se faisait plus lourde que jamais et sentait que la mort était lasse d’attendre.

Lorsqu’elle s’endormit, l’étrange sensation qu’elle avait déjà éprouvée une ou deux fois auparavant se fit plus présente que jamais. Elle sentait que sa tête allait exploser. Non pas qu’elle eût mal, non, c’était une autre sensation sur laquelle elle n’arrivait même pas à mettre un nom. C’était comme si un bonnet de bain, de ceux qu’utilisent les nageuses de compétition, lui serrait la tête d’une manière insupportable. Mais elle ne portait aucun bonnet, c’était son propre cuir chevelu et ses cheveux blancs qui l’oppressaient jusqu’à l’indicible, d’une manière indescriptible, depuis l’intérieur. C’était comme si sa tête était un ventre qui allait mettre une myriade d’êtres au monde, des êtres qui poussaient pour naître sans trouver la façon d’y parvenir. Arriva l’instant où survint ce qu’elle craignait tant mais sans qu’elle ait pu imaginer la manière dont cela pouvait se produire : son cuir chevelu et ses cheveux blancs se décollèrent d’un coup de sa tête et, comme s’il s’agissait d’un bonnet de fourrure, ils furent éjectés au loin avec force. Elle était debout et éprouva à cet instant une étonnante légèreté. Une sensation de plaisir inconnu l’enveloppa ; sa surprise et sa joie furent immenses. C’est alors que survint le miracle inattendu : une nouvelle chevelure, noire et abondante, naquit de sa tête et se mit à pousser à une vitesse surprenante. Les nouveaux cheveux, beaux et soyeux, commencèrent à se répandre sur ses épaules, à couvrir les ondulations de son dos, de son ventre, de ses fesses, de son sexe. Les cheveux continuèrent à pousser, lui couvrant voluptueusement le corps entier, entourant amoureusement ses pieds et recouvrant l’herbe du jardin où elle se trouvait. Elle réalisa alors qu’elle était une source de vie, que la force vitale symbolisée par ses cheveux émanait d’elle en irriguant la terre entière de fleurs, de contes et de mémoires enfouies. Elle sut alors que la guérisseuse avait eu raison et que les quatorze sages étaient les ancêtres qu’elle était allée visiter. Elle sut alors que la magicienne avait eu raison et que les terres lointaines de ses ancêtres et sa regrettée Patagonie étaient les quatre royaumes car ils conduisaient aux quatre points cardinaux. Au fur et mesure que les histoires s’entremêlaient, ses cheveux continuaient à pousser en recouvrant la Terre entière et tous les temps. C’est alors qu’elle comprit que son ami le bienveillant avait aussi eu raison et qu’elle avait écrit un conte éternel. Un sentiment de gratitude infinie l’envahit : elle avait réussi à transcrire dans son petit cahier le chant de vie qui vibrait en elle depuis des temps immémoriaux, son histoire n’était pas seulement la sienne, ni celle de sa famille, mais celle de tous les êtres, de toutes les races, de tous les temps et de tous les royaumes.

Le lendemain, sa famille trouva le cahier ouvert auprès de son corps inerte. Un sourire éclairait son visage et de longs cheveux noirs recouvraient le lit.


Grenoble, octobre 2002