Français? ¿Español?

Que el idioma desconocido no te amedrente. Bajando por la columna de la izquierda, después de mis libros y antes de otras rúbricas, se pueden leer textos míos. Algunos están en castellano, otros en francés, otros en ambos idiomas.

N’ayez pas peur de la langue inconnue. En descendant par la colonne de gauche, après mes livres, après les critiques, et avant d'autres rubriques, il y a des textes que j'aime partager. Ils sont tantôt en français, tantôt en espagnol, tantôt dans les deux langues. Je ne sais pas faire autrement.

lundi 24 juin 2013

A la Maison de la Recherche en Sciences Humaines / Université de Paris-Sorbonne















Coloquio Internacional:
“América Latina: Construcción, deconstrucción y perspectivas del género (femenino/masculino)"
10h30-11h30: Mesa redonda
Presidencia:  Milena Cáceres, Directora del Instituto Peruano de Promoción de la Cultura (INPECA):


El género en la ficción de autoras latinoamericanas,
con la participación de las escritoras: Leyla Bartet (Perú),  Maria LONDON (Maribel Chenin) (Chile), Luisa Futoransky (Argentina), Anabella GIRACCA (Guatemala).

 
Sobre la construcción de los personajes femeninos de “El libro de Carmen”

La novela “El libro de Carmen” es el relato de los sueños destrozados de una mujer que desea amar en un país donde el machismo ancestral se manifiesta en los excesos de una dictadura aterradora. Es un libro sobre la condición femenina, que hace un paralelo entre una mujer humillada y un país humillado. El país no nombrado es Chile y la dictadura, tampoco nombrada: la de Pinochet.

El relato, en forma circular, escrito como un thriller, comienza cuando a una escritora, de paso en su país, le piden que escriba sobre el hombre que treinta años atrás arruinara su vida.

En el libro encontramos a Carmen y a varios personajes femeninos secundarios. Estos últimos, inclusive Gabriela, que ocupa un lugar importante en la novela, son todos estereotipos:

Gabriela, escritora, al igual que Carmen, representa a la mujer con los pies en la tierra, conectada a la realidad, militante de los derechos humanos. Es la que defiende todas las causas nobles, y en particular, las de las mujeres. Ella es la amiga con la que se puede contar, la que sabe escuchar, la mujer refugio. Gabriela representa también la memoria: está al tanto de los crímenes de la dictadura y del precio particular que pagan las mujeres en el caso de ser torturadas.

Blanca, la mujer de Alan, representa a la esposa ideal para muchos hombres: buena madre, buena dueña de casa, refinada, discreta, invisible como persona y el mejor signo exterior de éxito y “de ser un hombre bien” para el marido, que, en este caso - nadie lo sabe - es el malo de la historia.

La madre de Carmen representa a la mujer que adhiere a los valores de la sociedad machista, valores que contribuye a perpetuar tanto o más que la mayoría de los hombres.

La abuela de Carmen es la abuela mítica, que representa la sabiduría femenina transmitida de generación en generación, y en este libro, a través del conocimiento simbólico del poder curativo de las plantas.

Carmen es el único personaje femenino que podemos considerar “construido”.

Carmen tiene múltiples facetas: es a la vez la narradora distante y la protagonista de una ficción que ella escribe, inspirada en su propia vida. Carmen es la joven ingenua e idealista de esta ficción, la presa fácil de los personajes cada vez más siniestros que va encontrando en su camino, y también es, la que años después, desencantada y aguerrida, practica el amor libre y gana su vida contribuyendo, indirectamente, al modelo de sociedad que aborrece, escribiendo novelitas rosa que se venden, por supuesto, como pan caliente. Las dos voces de Carmen, la de narradora y la del personaje de su ficción, se van cruzando, en un diálogo polémico entre ellas, y van alternando amor, humor, dolor, incomprensión, rabia y auto irrisión, para contarnos lo difícil que es ser mujer en ciertas sociedades y para reírse de la ingenuidad de aquéllas que aún se creen el cuento.

Un aspecto importante del personaje de Carmen es cuando la descubrimos en su juventud, tratando de existir con todas las contradicciones imaginables entre los anhelos inducidos por una educación aseptizada y sus deseos de vivir de verdad, con cuerpo y alma. Evidentemente, la sexualidad está en el centro de la cuestión. El episodio del doctor, que ocurre en el libro, que en vez de responder al pedido de un anticonceptivo prefiere darle un discurso moral sobre la virginidad, es crucial y sintomático de la sociedad en la que vive, es el punto de partida del drama de Carmen. El hecho que la joven Carmen se acobarde y no insista ante el doctor, también es sintomático y caracteriza a la joven Carmen.

Evidentemente, la violencia que sufren las mujeres, en una sociedad donde reina el orden patricarcal, es de la misma naturaleza que la que sufre el pueblo cuando surge una dictadura, como la que figura en el trasfondo de la novela. Detrás de cada una de estas violencias hay una ideología de negación, sumisión y despojo, que pretende acallar las voces que la denuncian, tratando de hacer aparecer a las víctimas como si fuesen culpables de ser lo que son y de desear lo que es legítimo desear.

Las voces de Carmen, de Gabriela y de todos los personajes liberadores se unen, al final de la novela, en una vibrante invitación a denunciar sin reserva todas las violencias y a rechazar, con fuerza y dignidad, el sentimiento de humillación resultante de vejaciones, porque este sentimiento es un instrumento cultural, hace parte de la ideología que lo provoca, invita al silencio y el silencio le hace el juego a la impunidad.

mardi 7 août 2012

samedi 5 mai 2012

Invitée au Colloque Écritures en Migration(s) le 11 et 12 mai

Histoires d’écrits, histoires d’exils
14h30- 15h30 Amphi X : Table ronde 2
Écritures et publications : effets de la publication sur l’écriture
modératrice : Delphine Leroy
avec : Milagros Palma , Maria London et Leyla Bartet









dimanche 15 janvier 2012

VOYAGEUSE DU SACRÉ

Le Monde des religions n° 51 (janvier-février 2012) est consacré en grande partie au thème « cerveau et spiritualité ». Ce sujet est au cœur de mon troisième livre, paru au Chili sous le titre Cuatro entraron al paraiso et qui doit paraître bientôt en France, chez l'Harmattan, sous le titre Le rêve et la chute.

Mon récit est celui d’une expérience du sacré, d’un rêve extraordinaire, grand rêve, ou rêve archétypique, que j’ai eu à l’âge de vingt ans et qui a bouleversé mon existence. À la fin de ce rêve, j’ai éprouvé de la culpabilité sans comprendre – jusqu’à maintenant – que cette culpabilité que j’ai cru mienne, privée, que cette souffrance qui m’a coupée du sacré était aussi une souffrance archétypique : celle de la condition humaine.

Dans ce n° 51 du Monde des religions, il y a plusieurs articles autour des expériences mystiques et des états de conscience modifiée. Dans l’article de Jennifer Schwarz, «Témoignage d’un voyageur du sacré » (autour du livre de Tom Verdier Lucie est dans le ciel), il est dit : « Les représentants de diverses traditions mystiques évoquent, chacun avec leurs mots, cette clarté parfaite, ce même chemin très ardu, ces mêmes bouffées d’angoisse, cette étreinte du vide, cette nuit de l’esprit, lors de laquelle le plus gros travail consiste à faire taire le cerveau spéculatif, les pensées de l’ego qui empêchent d’être au contact direct de l’expérience. »

Ma culpabilité a surgi justement de ne pas avoir su réduire au silence le cerveau spéculatif : « C’est alors que dans ma tête, je commets l’irréparable, l’impardonnable. Je devance la réalité de mon rêve éveillé par une idée préconçue. »

Dans l’article « Les recherches sur les états mystiques », l’auteur se réfère aux zones actives du cerveau lors des expériences mystiques. À un moment de mon récit je dis : « Par ailleurs, cet état d’attention transforme quelque chose en moi. J’ai l’impression constante que la peau de mon front est plus lisse, plus tendue, c’est comme si ce Travail produisait des transformations physiologiques dans mon corps, surtout sur mon visage. »

Dans mon livre, il est question aussi du mouvement sectaire auquel j’adhérais à l’époque de cette expérience. Mon rêve est venu en pratiquant des techniques sur l’apprentissage de l’éveil enseignées dans le cadre de ce mouvement ; mouvement que j’ai quitté il y a presque quarante ans. Certains lecteurs ne retiendront de mon récit que le mot secte. Tant pis pour eux.


vendredi 1 juillet 2011

Quatre écrivaines. Quatre livres en 2011. Fait Noir de Marie Nau.

Quatre écrivaines, quatre livres mis au monde en 2011. Quel bonheur!

Je connais leurs mots, elles connaissent les miens. Une de ces écrivaines est Marie Borin, peu connue à tort: tous ses livres, dont mon préféré est Félicité, méritent d’être lus ; elle rencontre le succès en 2011 avec la biographie de Rosa Bonheur. La deuxième est Marie Nau, qui publie en 2011 avec La Cheminante son premier roman, Fait Noir. La troisième, L., je n’ose pas la nommer... Son dernier livre, un roman extraordinaire, va paraître en septembre; s’il ne gagne pas un grand prix, ce que j’ai tout faux. Le quatrième livre, qui sera publié aussi en 2011, mais au Chili, est de moi...


Fait Noir de Marie Nau (commentaire)

Au-delà de l’histoire, et de sa noirceur récurrente il y a le regard pénétrant et sans concessions de l’auteur. Il y a la révolte, mais aussi, l’amour au présent, l’amitié, la solidarité exemplaire.

Le tout est porté par une écriture forte, extrêmement belle par moments, d’une beauté qui fait presque mal. Un rythme étrange et beau, comme celui du « Je » de ce jeune immigré clandestin, jeune noir ébène, sans papiers, sans identité, sans liens, ni ici ni là-bas, qui fait de Fait Noir un roman écrit à une première personne très singulière. Il aime les mots, la langue, la lecture. Ses personnages et ses lieux Elle, le Vieux Monsieur, Il, là-bas, ici, n’étant pas nommés, deviennent aussi, puisque sans identité eux non plus, universels.

La question de l’identité est posée dans le sens réel, de notre société déshumanisée, mais plus encore dans le sens métaphysique de ce qui signifie avoir un nom. Liberté et richesse de n’avoir aucun attachement, aucune histoire connue, liberté totale, mais paradoxalement perdue en découvrant l’amour. Rien ne va de soi chez Marie Nau. Le malheur de la qualité d’immigré clandestin sans papiers est bousculé et surpassé par d’autres drames. En même temps, la force vitale du protagoniste, celle qui lui a permis de franchir tous les obstacles passés, reste, comme l’espoir, intacte. Et l’amitié et l’amour ne sont jamais loin pour pallier le pire. Les notions de bonheur ou malheur sont questionnées de manière inattendue. Ce livre est loin des clichés. Il interroge non seulement la société, mais le sens même de notre humanité.

Grenoble, 26 juin 2011. Maria London

lundi 21 mars 2011

El otro: reflexión sobre la alteridad.

Vino a hacerme un regalo. Quizás el más bello que he tenido en la vida. Nuestras relaciones habían sido hasta ese día como todas las relaciones, una serie de intercambios teñidos de ambos lados, seamos realistas, de cierto interés. Venía a visitarme, alegrando mi soledad, y yo lo invitaba a comer, halagando su finísimo paladar. Me lo agradecía afectuosamente, y yo me enorgullecía de haber sabido procurarle un real placer. Disfrutábamos también, no hay razón de ocultarlo, de agradables momentos de tierna intimidad. Pero a menudo pasaba ante mi casa sin concederme ni siquiera una mísera mirada; y a mí me sucedía olvidar por completo que él existía. Era orgulloso y su confianza no era fácil de obtener. No puedo decir que lo conocía de verdad. Se conoce difícilmente al otro y, paradójicamente, aún menos a quienes frecuentamos con frecuencia. Habría que desaparecer ante nosotros mismos para no perturbar la percepción de la realidad del otro con el espejo deformador de nuestra propia y estorbadora sustancia. O por lo menos, ante la imposibilidad de desaparecer, habría que lograr liberarse del yugo de nuestros deseos y expectativas, también de nuestros miedos, así como de todo lo que condiciona la relación. Faltaría aún, o sobre todo, que el otro acepte mostrarse ante nosotros tal cual es. Esto ocurre raramente.

Una vez, años atrás, lo traje a mi casa después de haberlo cruzado en la calle tan a mal traer que asustaba verlo. Hice entonces lo único que sabía con certeza que él apreciaba de mí: le preparé un guiso de los más exquisitos y se lo serví. Se acercó al plato haciendo un esfuerzo inmenso, me parece verlo aún, y a pesar de lo mal que se encontraba, ingirió varios bocados, lo que logró calmar mi inquietud. Estaba segura de que si lograba despertar su apetito su deseo de vivir triunfaría; y los hechos me dieron razón.

Creí que había olvidado por completo este episodio hasta ese día, después de una larga ausencia, en que vino por última vez. Fue en esa oportunidad, cuando su gesto no podía obligarme a ninguna gratitud, nuestra relación libre ya de todo mañana, que me hizo el regalo extraordinario de ofrecerse a mi mirada. Sus ojos brillaban con una profundidad extraña y expresaban sin palabras su propia y deslumbrante realidad. No esperaba nada, ni siquiera compasión, estaba mucho más allá, la inminencia de su muerte era evidente; lo que quiso ofrecerme, y lo sentí con fuerza, fue que yo goce del inmenso privilegio de admirar toda su grandeza.

Después, bajó del sillón, donde lo había instalado, y me pidió que lo dejara partir. Con los ojos empañados por las lágrimas le abrí la puerta. Se fue sin un ruido, dignamente, al ritmo de su suave andar felino.

Sigo sin entender que su desaparición me haya afectado tanto. Sus amos nunca dieron con su paradero.

23 de julio 2007

vendredi 2 octobre 2009

Si se calla el cantor

Su voz profunda y bella, aterciopelada y potente, nos ha hecho vibrar de emoción con cada una de sus interpretaciones.

Su voz desde hace más de treinta años es símbolo de todos los latinoamericanos en el exilio, de todos los latinoamericanos solidarios con los primeros y de todos los que aman la libertad, la dignidad y la justicia.

Su voz siempre ha cantado a lo Universal y a lo más noble del ser humano.

Todo Cambia, pero Gracias a la Vida, su voz nunca ha cambiado.

Mercedes Sosa ha cantado a todos los poetas.

Está en un estado crítico.

Alfonsina y el Mar quizás se la estén llevando con ellos

Un abrazo a todos los hermanos americanos que comparten la emoción de este instante.

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samedi 12 septembre 2009

Les Tertulias de Maison Latina

Rencontre organisée par l'association Maison Latina



"Le Fil du Milieu" devenu "Tisseuse de mémoires..."

Ci-dessous, un commentaire, écrit en 2001, par Mme Claude Rakowska Jaillard, une des premières lectrices de "Tisseuse de mémoires de la Patagonie aux Balkans". C'est grâce à elle et à son "écho" que l'Association pour l'autobiographie est devenue pour moi comme une deuxième famille.

En ce moment, je deviens membre d'une autre belle et grande famille : Maison Latina, une association qui vient de naître dans l'agglomération grenobloise et qui voudrait tisser des liens amicaux entre tous les latino-américains de l'agglomération et entre eux et tous les français de notre ville qui s'intéressent à l'Amérique latine.



(Cliquer sur l'image ci-dessus pour lire l'article)

mercredi 1 juillet 2009

Inmersa en la escritura, no vi el tiempo pasar

«Un salto en el vacío

Tinieblas del pasado

Escritura peligro

Renacer del Fénix»

(Comparto mi alegría con quien pueda entender).

20 de enero de 2008

Este texto se refiere a la escritura de "Cuatro entraron al paraíso", Forja 2011

jeudi 12 mars 2009

Extrait de "Tisseuse de mémoires de la Patagonie aux Balkans"



Entre Puerto Natales et le parc du Paine, se trouve « Tres Pasos », le site où, enfant, j’allais en vacances avec ma famille et des familles fréquentant la mienne. Je savais, par une amie française qui avait effectué un voyage deux ans auparavant, que la fameuse maison d’hôtes où nous étions hébergés autrefois à « Tres Pasos » avait été détruite par un incendie qui s’était produit au moment où, précisément, mon amie se trouvait dans le secteur. Malgré tout, je rêvais de visiter ce bout de terre. Antonio m’avait dit que les cars de touristes ne s’arrêtaient à « Tres Pasos » qu’à la demande des passagers. L’incendie avait détruit la maison mais pas le monument érigé à la mémoire de Gabriela Mistral, qui vécut un temps à « Tres Pasos ». Pour cette raison, les personnes qui souhaitent y faire une halte sont nombreuses. Ce n’était pas le monument que je voulais regarder. Je me suis dirigée tout droit vers la cour où se trouvait une balançoire et où plane encore le souvenir de mes sœurs donnant le biberon à leurs agneaux blancs. Claudette est descendue avec moi et m’observe. Après avoir cueilli une fleur de lupin et ramassé quelques cailloux, je l’ai suivie dans le car où les autres passagers nous attendaient. Mon visage était mouillé par la pluie et par une douce tristesse. A travers la vitre, mon regard se promenait par les champs. Je vis de nombreux agneaux, mais aucun ne ressemblait au petit agneau noir qui avait été le mien et que je n’avais jamais réussi à caresser.
La pluie battante et les nuages nous ont empêché d’admirer les cornes des Torres, mais pas de nous approcher des guanacos, ni d’admirer les flamants roses, ni d’observer l’incroyable variété d’oiseaux de la faune locale. Au lieu de regarder au loin, il suffit de s’appliquer à regarder avec plus d’attention la terre, les plantes, ce qui est petit. Même si nous n’avons pas réussi à discerner les nuances de bleu, nous étions en admiration devant la magnificence des lieux.
Le lendemain, à huit heures du matin, à l’embarcadère de Puerto Natales, nous sommes montés à bord du yacht « Alberto de Agostini » et sommes partis par le golfe d’Ultima Esperanza. Puerto Natales se trouve dans une région de fjords où la Cordillère des Andes, qui tend à s’enfoncer, et l’Océan Pacifique, qui peu à peu la recouvre, donnent l’impression de vouloir se rejoindre. Le golfe d’Ultima Esperanza est un bras de mer qui vient du Pacifique. La vue, à cette heure-ci du matin, était d’une réelle splendeur. Le ciel, d’un mélange de tons rose et bleu, et l’extraordinaire paysage alentour, se reflétaient dans leurs nuances les plus délicates sur la surface des eaux qui constituait un gigantesque miroir naturel. Les passagers ont commencé l’expédition en restant muets d’admiration. Le capitaine a annoncé que le temps pouvait changer d’une minute à l’autre, que la navigation pouvait devenir dangereuse et que, dans ce cas, nous serions obligés de faire demi-tour. Par bonheur, nous n’avons rencontré aucun problème, bien au contraire. L’expédition fut magnifique et le soleil nous a accompagnés de manière intermittente, mais suffisante pour faire briller les cascades et peindre en bleu les glaciers et les mers. Le soir nous sommes rentrés à Punta Arenas.
Vendredi, nous avions prévu de prendre le bac qui se rend à Porvenir. Nous voulions visiter son Musée et avoir le plaisir de traverser le Détroit — où s’était produit un siècle plus tôt le naufrage d’Elias — pour fouler de nos pieds, ne serait-ce que pendant deux heures, le sol de la grande île mythique de la Terre de Feu.

Le nom de la Terre de Feu vient de « terres des feux », dénomination que les anciens navigants utilisaient en référence aux feux étranges qu’ils apercevaient aux alentours, la nuit venue, dans cette région d’îles. Défiant le climat et la logique, les aborigènes gardaient des feux toujours allumés. Dans la grande île, ils étaient allumés par les Selk’nam, habillés de leurs peaux de guanaco. Dans les canaux, c’était les Indiens des tribus navigantes des Yagan ou Yáman et des Alakaluf qui, vivant presque nus, la peau enduite de graisse pour supporter le froid, entretenaient en permanence ces feux à bord de leurs canoës. Les primitifs Selk’nam, connus aussi sous le nom de Onas, peuplaient la grande île depuis l’antiquité. Ils l’appelaient Karukinka, j’ignore ce que cela signifie. En 1880, avant l’arrivée des premiers éleveurs de moutons, environ deux milles Selk’nam vivaient dans l’ancienne Karukinka ; en 1910, ils n’étaient plus que cent et, il y a bien longtemps qu’il n’en reste plus un seul ! Trente années de bestialité et d’horreur suffirent aux hommes dit « civilisés » pour faire disparaître un peuple qui avait survécu durant des milliers d’années aux conditions les plus extrêmes de la planète. Une livre sterling, c’était le prix que des colons payaient la paire d’oreilles d’Indien Ona ! Et ce fut ainsi qu’ils conquirent des hectares, élevèrent des moutons et firent fortune.

En Patagonie, comme à la Pampa du Tamarugal au nord du Chili, le colonisateur, venu de loin, a occupé une place qui n’était pas la sienne et a aimé une terre que d’autres avaient aimée avant lui, en ignorant trop souvent la douleur de ceux qu’il avait dépossédés. Au musée de Porvenir, comme au musée de Salésiens de Punta Arenas, sont organisées des expositions extrêmement intéressantes sur les aborigènes de la zone. J’ai manqué de temps pour les regarder avec l’attention qu’elles méritent. Parmi toutes les choses que j’ai vues, il en est une que je n’oublierai jamais. Au musée des Salésiens, on peut voir une photo, prise lors de l’Exposition universelle de Paris de 1889, qui montre un groupe de neuf Indiens Onas. Ils sont présentés comme des anthropophages. A côté de la photo, un article raconte l’histoire d’un missionnaire Salésien, José-Marie Beauvoir, qui, par une rare coïncidence se trouva cette année-là en vacances à Paris. Lorsqu’il visita l’exposition, il reconnut, horrifié, derrière les barreaux de la cage, les Indiens fuégiens qui avaient conquis son cœur par leur douce mansuétude et dont il avait même appris à parler la langue. La bestialité se trouvait hors de la cage, pas à l’intérieur ; elle se trouvait en plein centre de Paris et pas seulement dans le cœur de quelques hommes sans scrupules à l’autre bout de la terre.

jeudi 5 février 2009

La Souillure, Dakar Argentina-Chile

J'ai écrit cet article en février 2008. Il a ému de nombreux français aimant le Désert d'Atacama. Puis, il a été publié en espagnol, dans El Clarin Digital: "La mancha : Dakar, Argentina, Chile". Mais au Chili, comme en Argentine, sauf une poignée d'écologistes, tout le monde est ravi que ce grand événement se passe sur place.

Le silence ancestral sera interrompu. Des pierres, immobiles depuis des millions d’années, seront déplacées. Le ciel le plus pur de la terre ne le sera plus. Atacama, la grande, tu seras violentée. Honte à nous !

Voilà ma première pensée, horrifiée, à l’idée du rallye Dakar au désert d’Atacama. *

Je crains qu’à l’instar de ce qui s’est passé lors de l’avancée des armées de Pizarro, Almagro ou Valdivia, rien ne soit épargné au passage du rallye. Au lieu des chevaux, des moteurs vrombissants, au lieu des épées, des caméras de télévision et des caravanes publicitaires. Derrière eux, la désolation et ce regard souvent imbu d’ignorance et de supériorité posé sur les habitants des contrées lointaines par les nouveaux conquérants.

Esaü vendit son droit d’aînesse à Jacob contre un plat de lentilles. Esaü était très gourmand. Ici c’est pareil, ce n’est pas le besoin mais bien la gourmandise qui a décidé de cette affaire. On dira, comme toujours, que c’est dans l’intérêt des affamés, mais ne soyons pas naïfs. Lorsque les millions coulent, les miettes tombent, mais ce n’est pas pour ces quelques misérables miettes que le Chili et l’Argentine se sont précipités, avec une hâte défiant l’imagination, pour proposer leurs paysages majestueux aux organisateurs du rallye. Personne n’a eu le temps de s’interroger sur les conséquences écologiques, humaines, économiques même, que tout était déjà décidé, signé.

A qui profite le crime ? Était-ce un crime à ne pas commettre ou une chance à saisir de toute urgence? Les amateurs du sport de tous bords exultent. Il y en a qui disent que ce sera une formidable promotion pour le tourisme, mais j’ai le sentiment que faire ce rallye dans des sanctuaires de la nature va souiller à jamais l’image captivante que le monde a aujourd’hui de ces endroits. L’effet contraire à celui espéré pourrait se produire. Ceci, sans parler des dommages causés à l’environnement et que personne n’aura ensuite les moyens de réparer. Au Chili, on n’a pas la tradition de défendre l’écologie, ceux qui s’y attèlent ont bien du mal, je ne sais pas si c’est mieux en Argentine. Et ce n’est pas en leur apportant le cadeau polluant de ce rallye que la France pourra ensuite donner des leçons sur le respect de la nature et le développement durable, là-bas, où l’on empoisonne les cygnes à col noir, là-bas, où l’on transforme les merveilleux bois natifs en sciure pour les usines japonaises, là-bas, où les descendants des anciens conquérants n’ont pas encore appris que la terre est sacrée.

Grenoble, le 19 février 2008

Cet article devrait paraître dans le numéro de mars 2008 du bimensuel Espaces Latinos

Il existe une pétition pour la suppression du Rallye Dakar créé par, Thomas Poussard, bloguer et journaliste français résidant au Chili.

* Lire aussi mon premier texte sur Atacama

lundi 27 octobre 2008

Mascarón de proa/Figure de proue

Encarnando sueños (azules)

entregada al mar
solitaria
sabia

precediendo al hombre
diosa antigua
alejando el mal

guardadora de secretos
vida marina
sabor a sal

piel olvidada
caricia perdida
melancolía

reina sin corona
racimo humilde
caracola mía


Incarner des rêves (bleus)

offerte à la mer
solitaire
égérie

devançant l’homme
déesse antique
éloignant le mal

gardienne de secrets
vie marine
goût de sel

peau oubliée
caresse perdue
mélancolie

reine sans couronne
humble grappe
volupté

Apertura / Ouverture

Mi mirada es lúcida,
mi corazón está abierto
Mi mirada es glacial,
mi pecho ardiente

Camino inmóvil fuera del tiempo.
Soy el tiempo.

En mi piel sin arrugas las almas se reflejan
Habito en el interior del cuerpo de los hombres
El dolor de los que sufren traspasa mis sentidos
haciendo brotar desde su fuente
el canto perpetuo de la creación.

Poema inspirado por la escultura Apertura de Marie Mathias
Grenoble, octubre 2001


Mon regard est lucide,
mon cœur est ouvert
Mon regard est glacial,
ma poitrine est ardente

Je marche immobile hors du temps.
Je suis le temps.

Sur mon corps non ridé les âmes se reflètent.
J'habite la chair des hommes.
La douleur de ceux qui souffrent transperce mes sens,
faisant jaillir, depuis sa source,
le chant perpétuel de la création.

Poème inspiré par la sculpture Ouverture de Marie Mathias
Grenoble, octobre 2001